Un élève doit retrouver ses documents quel que soit le poste où il s'assoit. Un enseignant doit disposer d'un espace de classe partagé. Et l'ensemble doit tenir dans un volume fini. C'est le rôle du serveur de fichiers — et c'est aussi la brique qui révèle impitoyablement les approximations de l'annuaire.
Ce qu'il porte
- les profils utilisateurs — élèves, enseignants, administration ;
- les espaces de classe, partagés entre les membres d'un groupe ;
- des droits issus exclusivement de l'annuaire ;
- des quotas par population, appliqués côté serveur ;
- un montage dynamique côté postes, à la connexion.
L'arborescence est organisée sous une racine unique, avec une branche par population et une branche par classe. Cette organisation n'est pas qu'esthétique : c'est ce qui permet d'appliquer un quota ou une sauvegarde à un ensemble cohérent, sans énumérer des chemins dispersés.
Les contraintes posées comme non négociables
La documentation les liste explicitement, et chacune a une raison :
- les identifiants viennent uniquement de l'annuaire — aucun compte local pour les profils. Sinon, le même utilisateur porte deux numéros différents selon la machine, et ses fichiers cessent de lui appartenir dès qu'il change de poste ;
- les droits reposent sur les groupes de l'annuaire — l'appartenance à une classe donne l'accès à son espace, sans configuration par machine ;
- l'accès administrateur distant est neutralisé — un compte racine sur un poste client ne doit pas devenir racine sur le serveur de fichiers. C'est le réglage le plus important de tout le partage : sans lui, prendre les droits d'administration sur un poste de salle donnerait accès à l'ensemble des profils ;
- les quotas sont appliqués côté serveur — les appliquer côté client équivaudrait à demander la permission à celui qu'on veut limiter ;
- le montage est dynamique — les espaces sont montés à la demande plutôt qu'en permanence, ce qui évite qu'un serveur indisponible ne bloque le démarrage des postes.

Les droits appliqués sur les partages viennent d'ici : groupes POSIX et identifiants numériques figés dans l'annuaire.
Le serveur de fichiers est aussi un client d'annuaire
Point qui surprend souvent : le serveur de fichiers doit lui-même interroger l'annuaire. Il ne suffit pas que les postes connaissent les utilisateurs — le serveur doit pouvoir traduire un numéro en nom, et vérifier les appartenances de groupe pour appliquer les droits.
Il embarque donc un client d'annuaire, avec trois exigences :
- le certificat de l'annuaire installé dans le magasin de confiance du système, pour que la connexion chiffrée soit validée ;
- un compte de service dédié pour interroger l'annuaire — pas le compte d'administration, et avec des droits limités à la lecture ;
- la résolution de noms fonctionnelle, vérifiée avant toute configuration.
Ce compte de service, rangé dans la branche des postes de l'annuaire, illustre bien la logique d'ensemble : chaque machine qui consulte l'annuaire a sa propre identité, révocable indépendamment.
Les quotas, et la question qu'ils posent
Un quota est trivial techniquement — quelques commandes — et délicat en pratique : quelle taille pour un élève ? Trop petit, il ne peut pas rendre un projet vidéo ; trop grand, le volume se remplit et le service s'arrête pour tout le monde.
Deux conseils issus de l'expérience : activer les quotas dès le départ, même généreux — les activer plus tard sur un volume déjà rempli est bien plus délicat ; et surveiller le remplissage, parce qu'un serveur de fichiers plein produit des symptômes déroutants côté postes, où plus rien ne s'enregistre sans message clair.
Ce que la mise en place révèle
C'est l'étape où les approximations de l'annuaire remontent à la surface. Un identifiant numérique attribué automatiquement, un groupe créé à la main sur une machine, un certificat émis pour la mauvaise adresse : tout cela passe inaperçu jusqu'ici, et se manifeste soudain sous la forme de « permission refusée » incompréhensibles.
D'où l'ordre de construction du projet — l'annuaire d'abord, avec ses conventions figées. Le serveur de fichiers n'invente rien : il applique.
La série EduLibre
De la décision à l'industrialisation du parc :